Le Philosophe Bon-Bon – Quatre Bêtes en une


Read by René Depasse

I

Extrait de Contes grotesques, Le Philosophe Bon-Bon est une discussion très alcoolisée entre un philosophe et Sa Majesté Satan, en particulier sur l’âme.

« Alors, Monsieur, je vous prie, qu’est-ce que l’âme ?
- Ce n’est ni ça, ni ça, Monsieur Bon-Bon, répliqua sa Majesté en méditant. J’ai goûté… c’est-à-dire, j’ai connu de très-mauvaises âmes et d’autres passables.
[...] Mais si j’ai un faible, Monsieur Bon-Bon, si j’ai un faible, c’est pour les philosophes. Cependant, laissez-moi vous dire, qu’il n’est pas donné à tout diable… hum…, à tout le monde, de savoir choisir un bon philosophe. Les longs ne valent rien, et les meilleurs sont enclins à sentir un peu le ranci, à cause de la bile… Il est rarement possible de conserver vivante une âme plus de deux ou trois heures. Et après la mort, à moins qu’on ne les marine immédiatement, – et une âme marinée ne vaut rien – elles commencent à… sentir… vous comprenez, hein ? Quand les âmes nous viennent par la voie ordinaire, il est toujours à craindre qu’elles ne soient gâtées. »

Traduction : Émile Hennequin (1858-1888).

II

L’impertinent Baudelaire a dû être sensible à l’humour de Poe en traduisant en 1884 Quatre bêtes en une : l’homme caméléopard, publié dans Nouvelles Histoires extraordinaires.

« Supposons, gracieux lecteur, que nous sommes en l’an du monde trois mil huit cent trente, et, pour quelques minutes, transportés dans le plus fantastique des habitacles humains, dans la remarquable cité d’Antioche, en Syrie.

Mille, mille, mille,mille,
Avec un seul guerrier, nous en avons égorgé mille !
Mille, mille, mille, mille, Chantons mille à jamais !
Hourra ! — Chantons Longue vie à notre roi,
Qui a abattu mille hommes si joliment !
Hourra ! Crions à tue-tête
Qu’il nous a donné une plus copieuse Vendange de sang
Que tout le vin que peut fournir la Syrie !

Toujours est-il que je ne vois qu’une foule tumultueuse d’idiots et de fous qui s’empressent de se prosterner devant un gigantesque caméléopard, et qui s’évertuent à déposer un baiser sur le sabot de l’animal. »

(0 hr 53 min)

Ce livre appartient à la collection Litterature Audio