De l’affection des pères aux enfants (Essais II, 8)


Read by René Depasse

L’Essai 8 du Livre II, De l’affection des pères aux enfants nous apprend beaucoup de choses sur la vie privée de Montaigne : « Je me suis marié à trente-trois ans, et j’approuve le choix de trente-cinq, qu’on dit être le conseil d’Aristote. [...] On dit que, tout petit, je n’ai été fouetté que deux fois, et modérément. Je devais rendre la pareille à mes propres enfants – mais ils meurent tous en nourrice… Léonore, qui est ma seule fille à avoir échappé à ce triste destin, a atteint six ans et plus sans que l’on ait employé pour sa formation et le châtiment de ses fautes d’enfant, autre chose que des paroles, et bien douces. »
La vie des bébés ne l’intéresse pas : « Nous sommes couramment plus émus par les trépignements, jeux et niaiseries puériles de nos enfants que nous ne le sommes par la suite de leurs actions bien pensées. [...] J’ai bien peur que les dépravations des enfants ne trouvent leur source dans les vices des pères. »

Curieux aussi que dans cet Essai qu’il dédie à Madame veuve D’Estissac, mère d’un de ses amis, il n’hésite pas à montrer une certaine misogynie : « Les femmes ont naturellement tendance à contredire leurs maris. Elles saisissent à deux mains tous les prétextes de s’opposer à eux et la première excuse trouvée leur sert de justification d’ensemble. [...] Plus elles ont tort et plus elles sont contentes d’elles-mêmes. »

Il ajoute nombre d’anecdotes où il compare« enfants corporels » et « enfants de l’esprit ». « Il est peu d’hommes s’adonnant à la poésie qui ne seraient pas plus flattés d’être les pères de l’Énéïde que du plus beau garçon de Rome, et qui ne supporteraient pas plus facilement la perte de l’un que de l’autre. Car selon Aristote, de tous les ouvriers, c’est le poète qui est le plus amoureux de son œuvre. »

Que penser de cette hypothèse finale :
« Si Épicure avait eu le choix de laisser derrière lui un enfant contrefait et taré, ou un livre bête et stupide, n’eût-il pas choisi – et non seulement lui, mais tout homme aussi savant que lui – de subir le premier malheur plutôt que le deuxième ? »

Traduction en français moderne de Guy de Pernon.

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Ce livre appartient à la collection Litterature Audio