Le Capital (Livre Premier, Troisième Section)


Read by Albatros

Mais comment cela se passe-t-il exactement ?

« L’homme aux écus a payé la valeur journalière de la force de travail ; son usage pendant le jour, le travail d’une journée entière lui appartient donc. Que l’entretien journalier de cette force ne coûte qu’une demi‑journée de travail, bien qu’elle puisse opérer ou travailler pendant la journée entière, c’est‑à‑dire que la valeur créée par son usage pendant un jour soit le double de sa propre valeur journalière, c’est là une chance particulièrement heureuse pour l’acheteur, mais qui ne lèse en rien le droit du vendeur.

Notre capitaliste a prévu le cas, et c’est ce qui le fait rire. L’ouvrier trouve donc dans l’atelier les moyens de production nécessaires pour une journée de travail non pas de six mais de douze heures. » (Chap 7 II)

« La période d’activité qui dépasse les bornes du travail nécessaire […] forme une plus-value […]. Je nomme cette partie de la journée de travail, temps extra et le travail dépensé en elle surtravail »(chap 9 1).

Combien d’heures dans une journée de travail – combien de « temps extra » ? Voilà donc la question décisive.

Mais avant d’observer au chapitre 10 comment elle s’est résolue historiquement, les chapitres 7 à 9 de cette troisième section détaillent minutieusement comment l’activité productive se combine avec la transformation de la matière première, des matières auxiliaires et avec l’usure des instruments de travail, dans le « procès de travail » d’une part, dans la création de valeur d’autre part.

Car le capitaliste a sa propre façon de présenter la chose. Par exemple, il fait rentrer l’avance des matières premières et des autres moyens de travail, dans le calcul du taux de plus-value (chap 9), ce qui le minimise énormément. Aussi peut-il crier à la ruine dès qu’il est question de limiter la journée de travail. (chap. 9 II, 10 et 11).

C’est ce qu’il fait, par exemple, face à la loi de 1833, qui, après des années de luttes ouvrières, osait interdire le travail de nuit et réduire à 12h la journée de travail… pour les enfants et adolescents de 13 à 18 ans.

Avant la naissance de la grande industrie, les fabricants avaient rêvé de faire passer la semaine de travail de « l’ouvrier manufacturier » de 4 à 6 jours et de porter, dans des « maisons de terreur » sa journée à 10 h. Mais de 1770 à 1830, devenus capitalistes, ils avaient réussi à élever le temps de travail journalier à… 18 heures, enfants et femmes compris.  (chap 10 V et VI).

« La création d’une journée de travail normale est [...] le résultat d’une guerre civile longue, opiniâtre et plus ou moins dissimulée entre la classe capitaliste et la classe ouvrière. » (Chap. 10 VII)

C’est cette histoire de la « journée de travail » que racontent les 7 parties du chapitre 10, en commençant par l’Angleterre, berceau de l’industrie moderne  jusqu’à l’affirmation par les ouvriers américains, en 1866, de l’objectif de la journée de 8 heures, adopté peu après par l’Association internationale des travailleurs, dite « l’Internationale », à son congrès à Genève.

On y voit, rapports d’inspecteurs de fabrique à l’appui, les conditions de travail , tant dans les fabriques modernes, où l’exploitation capitaliste fait des ravages en premier et qui sont soumises en premier à une limitation de la journée de travail – ces limites sont alors contournées voire violemment combattues par les fabricants (manufactures de coton, laine, lin, soie, chap. 10 II et 10 VI), que dans celles « de vieilles roches » qui en sont d’abord « libres » (poteries, boulangeries – au mode de production « antique », dentelleries, chemins de fer – jusqu’à 50 h de travail sans interruption, ateliers modistes – jusqu’à 30h sans interruption, forges, haut-fourneaux et laminoirs, où les enfants travaillent de nuit, blanchisseries « en plein air »), puis finalement « soumises » à leur tour .

Les qualificatifs qui émaillent ces descriptions ne sont alors pas tous de Marx :  « esclavage perpétuel » (Postlhewait), « esclaves blanc » (Morning star), « travailler à mort » (Dr Letheby), « Capital affamé de surtravail », « soif de vampire du capital pour le sang vivant du travail », « passion aveugle et démesurée [du capital], [...] gloutonnerie de travail extra »…

« Bien loin que ce soit l’entretien normal de la force de travail qui serve de règle pour la limitation de la journée de travail, c’est au contraire la plus grande dépense possible par jour, si violente et si pénible qu’elle soit, qui règle la mesure du temps de répit de l’ouvrier. Le capital ne s’inquiète point de la durée de la force de travail. Ce qui l’intéresse uniquement, c’est le maximum qui peut en être dépensé dans une journée. Et il atteint son but en abrégeant la vie du travailleur, de même qu’un agriculteur avide obtient de son sol un plus fort rendement en épuisant sa fertilité. » (Chapitre 10 VI)

« L’industrie cotonnière date de 90 ans… En trois générations de la race anglaise, elle a dévoré neuf générations d’ouvriers. » (Chp. 10 V, discours de Ferrand à la Chambre des communes, du 27 avril 1863)

« Après moi le déluge ! Telle est la devise de tout capitaliste et de toute nation capitaliste. Le capital ne s’inquiète donc point de la santé et de la durée de la vie du travailleur, s’il n’y est pas contraint par la société. » (Chap. 10 V)

La version sans les notes dure 6 h 56.

Traduction : Joseph Roy (18?- 18?)

Illustration : Karl Marx (Le Capital, édition française de 1872).

(10 hr 48 min)

Ce livre appartient à la collection Litterature Audio

Chapters

I. La production de valeurs d’usage 38:17 Read by Albatros
II. La production de la plus-value 53:16 Read by Albatros
Chapitre 08 : Le capital constant et le capital variable 51:33 Read by Albatros
I. Le degré d’exploitation de la force de travail 41:39 Read by Albatros
II. Expression de la valeur du produit en parties proportionnelles du même prod… 51:20 Read by Albatros
I. Limite de la journée de travail 22:27 Read by Albatros
II. Le Capital affamé de surtravail – Boyard et fabricant 42:16 Read by Albatros
III. La journée de travail dans les branches de l’industrie où l’exploitation n… 44:59 Read by Albatros
IV. Travail de jour et nuit – Le système des relais 41:31 Read by Albatros
V. Lois coercitives pour la prolongation de la journée de travail depuis le mil… 1:09:56 Read by Albatros
VI. Lutte pour la journée de travail normale. Limitation légale coercitive du t… 1:24:18 Read by Albatros
VII. La lutte pour la journée de travail normale. Contre-coup de la législation… 32:03 Read by Albatros
Chapitre 11 : Taux et masse de la plus-value 37:03 Read by Albatros
I. La production de valeurs d’usage 27:08 Read by Albatros
II. La production de la plus-value 38:00 Read by Albatros
Chapitre 08 : Le capital constant et le capital variable 35:54 Read by Albatros
I. Le degré d’exploitation de la force de travail 33:09 Read by Albatros
II. Expression de la valeur du produit en parties proportionnelles du même prod… 30:12 Read by Albatros
I. Limite de la journée de travail 17:21 Read by Albatros
II. Le Capital affamé de surtravail – Boyard et fabricant 25:22 Read by Albatros
III. La journée de travail dans les branches de l’industrie où l’exploitation n… 44:35 Read by Albatros
IV. Travail de jour et nuit – Le système des relais 24:13 Read by Albatros
V. Lois coercitives pour la prolongation de la journée de travail depuis le mil… 35:26 Read by Albatros
VI. Lutte pour la journée de travail normale. Limitation légale coercitive du t… 1:01:42 Read by Albatros
VII. La lutte pour la journée de travail normale. Contre-coup de la législation… 12:57 Read by Albatros
Chapitre 11 : Taux et masse de la plus-value 29:57 Read by Albatros